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Pike ou pas Pike (suite 4)

Publié le par vecteur-douceur association : site littéraire et historique

Chaque sujet développé sur ce blog l'est bien plus dans mes différents livres dont les liens se trouvent en bas de page.

En ce qui concerne Pike, les faits sont plus clairs. Il est hostile au catholicisme, et militant de l’American party. Ses idées anti-immigrationnistes et anticatholiques vont passer au second plan quand se précise une crise de grande ampleur entre les Etats du Sud, esclavagistes, et ceux du Nord, anti-esclavagistes, mais qui met aussi en œuvre d’autres oppositions (Nord industriel contre Sud agricole, Nord protectionniste contre Sud libre-échangiste, etc.)

Pike est clairement esclavagiste. L’élection de Lincoln comme Président, dont les positions anti-esclavagistes sont connues, va provoquer l'éclatement des Etats-Unis. En 1861, il se prononce pour la sécession, au nom du respect des droits des Etats contre les empiétements du pouvoir fédéral. Sept Etats du Sud proclament la sécession, entre décembre 1860 et février 1861, et se constituent en Confédération des Etats d'Amérique. La guerre commence et durera 5 ans. Pike, bien que natif du Nord, est  installé au Sud. Il vit le plus souvent en Arkansas, Etat frontière entre le Nord et le Sud. Lors du déclenchement de la guerre, l'Arkansas, d'abord opposé à la sécession, rejoint le camp des sécessionnistes lorsque Lincoln décide d'agir par la force contre les Etats du Sud. Pike rejoint l'armée sudiste (armée des Etats confédérés d’Amérique). Il est nommé général (brigadier general) en 1861. Au-delà de l’esclavage, les Sudistes blancs dont la plus grande partie n’a pas d’esclaves, défendent leur patrie, leur mode de vie plutôt nonchalant, leur forme de civilisation. En 1865, le Sud, à bout de forces, doit capituler. Officiellement c’est en 1801 que se formera l’ordre franc-maçonnique du « Rite Ecossais » aux Etats-Unis. Depuis environ 1840, l’organisation des francs-maçons américains est sous le contrôle strict du « Rite écossais », qui dispense des degrés d’initiation jusqu’au 33egrade et qui est divisé en deux juridictions, au Sud celle d’Arkansas et au Nord celle de Boston.

C’est ce fameux « Rite écossais » qui, au milieu du siècle, en tant qu’instrument stratégique de la « Couronne Britannique », va lancer une longue offensive contre les Etats-Unis et les Etats voisins, en provoquant des meurtres et des actes de violence de nature raciste. L’occupation américaine du Mexique pendant la guerre mexicaine (1846-48), la rébellion des esclavagistes (1801-65), c.-à-d. la guerre civile américaine et la campagne du Ku Klux Klan contre la reconstruction des Etats du Sud (1807-79), en seront les événements les plus importants.

Dès 1853, Pike, franc-maçon depuis quelque temps, comme beaucoup de ses concitoyens aux USA, est devenu un membre puis un dignitaire de cette obédience maçonnique. Jusque-là plutôt confidentielle, le Rite écossais ancien et accepté (REAA) va s’émanciper. Cette année-là, à Charleston, il va recevoir tous les degrés depuis le 4e jusqu’au 32e de la part de son mentor : le Docteur Mackey, franc-maçon convaincu et dirigeant de cette branche. Mackey, est auteur de livres sur le symbolisme maçonnique. En 1855, un comité sera nommé pour réviser et élaborer de façon détaillée les rituels ; c'est Pike qui va réaliser l'essentiel du travail. En 1858, Pike sera élu membre du Suprême conseil du Sud, puis en 1859, Souverain Grand commandeur.

Il va consacrer le reste de sa vie à la franc-maçonnerie. Certains affirment que Pike fut, après la guerre de Sécession, l’un des fondateurs du Ku-Klux-Klan, et exerça la fonction de Juge suprême de cette organisation sulfureuse. Après la défaite des Etats confédérés, le Sud est ruiné. Les pertes humaines ont été terribles des deux côtés, mais c’est l’infrastructure du Sud qui a le plus souffert, les troupes nordistes ayant suivi une politique de destruction systématique. En contraste, dans le Nord, l’effort de guerre a dopé les industries et développé l’économie.

Dans le Sud, les habitants blancs sont en butte aux violences et aux exactions des soldats nordistes en occupation, puis des aventuriers nordistes, les carpetbaggers, venus mettre ce qui reste du pays en coupe réglée avec la bénédiction des vainqueurs. Enfin la population noire, à la fois libre puisque l’esclavage est aboli, mais se retrouvant sans ressources, puisque les plantations sont détruites et l’économie au point mort, apparaissent comme une menace permanente pour les blancs.

C’est dans ce contexte que le Klu-Klux-Klan sera créé par des anciens officiers Sudistes, comme une organisation défensive ayant ses justifications à un moment où les habitants blancs du Sud ne peuvent plus compter sur la protection des lois. On a mis en évidence que certains aspects dans l’organisation du KKK rappelaient des rituels maçonniques, certains fondateurs étant sans doute maçons. Cette association secrète devait plus tard dériver dans une milice violemment raciste (on parle alors de deuxième Klan, ou de troisième Klan).

On site alors en défense qu’à la différence de la maçonnerie le KKK ne sélectionnait pas ses adhérents. Et qu’ainsi les gens « respectables », même quand ils étaient d’accord avec une position de principe en faveur des Blancs,  ont de plus en plus pris leurs distances avec une association dominée par des gueux incultes et violents. Mais faut-il rappeler que même lorsque les agissements du Klan n’ont plus eu l’excuse de la protection des populations blanches dans le contexte troublé de l’après-guerre de Sécession, des présidents américains forts bien considérés eurent des liens avec le KKK, ou l’utilisèrent pour leur politique électorale. Wilson (prix Nobel de la Paix), Roosevelt (qui avait besoin du soutien des démocrates du Sud) et Truman (qui fit peut-être partie à un moment du Klan).

Les admirateurs de Pike disent ainsi qu’aucune preuve positive de son appartenance au Klan n'existe. Toutefois, un éditorial écrit de sa main le 16 avril 1868 dans son journal, le Daily Appeal de Memphis dit ceci : « Nous voudrions réunir tout homme blanc du Sud qui est opposé au suffrage noir, dans un grand Ordre de la Fraternité sudiste, avec une organisation complète, active, vigoureuse dans laquelle quelques-uns exécuteraient la volonté de tous, et dont l'existence même devrait être cachée à tous sauf à ses membres. »

À suivre

Olivier

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